Catégories: Biographies | Croniques de concerts

Il y a deux semaine, j’ai hésité à aller voir Rita Lee au Circo
Voador de Rio de Janeiro. Mais comme le répertoire annoncé variait assez peu
par rapport au show que j’avais vu à Lisbonne en 2007 – c’est à dire un
«best of» traditionnel -, j’ai finalement renoncé en dernière minute. Je
m’en suis mordu les doigts par la suite, quand j’ai su que la grande rousse
avait annoncé qu’il s’agissait de son (avant) dernier concert. Avais-je raté un
moment historique? [...]
La chanteuse, qui depuis quelques années, confesse être de plus en plus
casanière, se dédiant à ses petits enfants et aux différents réseaux sociaux auxquels
elle est accros, déclarait cependant qu’elle deviendrait un «rat de
studio», ayant de matériel pour cinq disques au moins. Un nouvel album
d’inédits, «Radar» (pochette supposée ci-dessous), devrait d’ailleurs voir le jour cette année.

Mais en réalité, c’est lors de son dernier véritable concert à Aracaju
(SE), que la rockeuse fit réellement parler d’elle. Insultant dans son style bien
personnel, les forces de l’ordre qui s’en prenait à son fan club, elle fut
emmené au post après le concert, dans le plus pur style
«rock’n’roll». Pour les curieux, il suffit de parcourir youtube
pour trouver facilement l’incident.

Rita Lee durant l'incident d'Aracaju...
Je crois dans la sincérité de Rita Lee quand elle annonce ses adieux à
la scène, mais quand à savoir si elle résistera, une fois un nouvel album
lancé, c’est une autre histoire…
Je me suis alors souvenu que j’avais écrit en 2008, une petite biographie sur le blog «Art et Musique Populaire Brésilienne», que le fan club brésilien avait d’ailleurs particulièrement apprécié. Il s’agissait surtout de faire connaître les différentes périodes de cette figure incontournable de la musique populaire moderne au public francophone…
Même si je meurs d'envie de changer le «style» du texte, je
vous propose de vous le "coller" ici, mot pour mot, car il s’avère intéressante
(du moins, je trouve!) par rapport au regard que peut avoir un «gringo»
sur le rock brésilien…Enfin, à voir de juger…!
Texte édité le 18 Juin 2008:
“En 1980, comme beaucoup d’adolescents pubères, je me faisais des films noirs et gris, noyé dans la New Wave anglaise de Joy Division, Bauhaus ou les prémisses de The Cure.
Bien évidemment, je regardais d’un d’œil méprisant
à la télé, cette rousse qui chantait un truc vaguement exotique dans une langue
que je croyais être de l’italien.
Il faut dire qu’à l’époque, l’heure de la
chanson romantique d’un Humberto Tozzi, était à son apogée.
Sans doute me serais-je
jeté par la fenêtre de mon rez-de-chaussée, si on m’avait dit que dix ans plus
tard, j’allais devenir un fan absolu de cette chanteuse exubérante, Rita Lee
-en fait une brésilienne qui chantait en portugais- qui cette année-là, avait
conquis le monde avec Lança perfume (‘Lance parfum’), un tube irrésistible.
Comme ‘The Girl from Ipanema’ d’Antônio Carlos
Jobim et Vinicius de Moraes, ce titre intelligemment commercial, était l’arbre qui cachait la grande
carrière d’une artiste que l’on omet parfois de placer aux côtés d’autres icônes,
sous prétexte qu’on la range sous l’étiquette du pop et du rock.
Ce serait
ignorer son importance et son influence dans la MPB moderne, et surtout oublier
que notre artiste a toujours mélangé les genres comme en attestait le titre de
son bel album « Bossa’n’roll » (1991) ou ce fameux Lança Perfume (1980), un
‘rockarnaval’, comme le définissait la chanteuse elle-même.
Nombreux furent ceux qui interprétèrent ses
compositions, de Caetano Veloso à Elis Regina, en passant par Maria
Bethania, Gilberto Gil, Marisa Monte, Zélia Duncan, Cassia
Eller ou même Joao Gilberto.
À l’étranger aussi, on a pu compter sur des
versions de Gloria Estefan ou d’Henri Salvador (vous savez, le type qui a
inventé la Bossa.. ! Pas de panique, c’est pour
rire.. !).
La vie de Rita est digne
des grandes stars du rock, faîte de sexe, parfois de drogue, et souvent de
rock’n’roll.
Rita Lee Jones, née en 1947, de descendance américaine et
italienne, fut révélée au sein d’un groupe désormais culte dans le monte entier
: Os Mutantes (les Mutants). Formé par les frères Arnaldo et Sergio
Dias Baptista, ce groupe de São Paulo, fut probablement le plus
significatif des intégrants du Tropicalisme, ce fameux mouvement qui, en 1967,
lança les carrières de Caetano Veloso, Gilberto Gil, Tom Zé
ou Gal Costa.

Os Mutantes, fin des années 60...
Sans doute Os Mutantes
représentait le mieux la synthèse musicale du mouvement : une symbiose du
psychédélisme ambiant, de rock aux paroles surréalistes, d’influences des
musiques du Nordeste brésilien, de la Bossa ou de la Samba. Sergio, Arnaldo et
Rita trituraient les bandes d’enregistrements et inventaient des sons à la
manière des Beatles sur « Sgt. Pepper’s… ». Cette salade mixte musicale qui,
présentée ainsi, pourrait paraître indigeste, allait pourtant se révéler unique
sur la scène rock mondiale.
Les trois albums que ce trio enregistra sont encore
et toujours des références pour les groupes alternatifs de New York ou de
Londres. Rien que pour ce fait, Rita Lee mériterait déjà une place au Panthéon
de la MPB. Mais ce n’était pourtant que le début.

En 1970, la chanteuse
entame en parallèle une carrière solo avec un premier disque excellent, « Build
up », qui la radicalise un peu plus vers un rock pur à la Stones, tandis que
les frères Arnaldo et Sergio tendent vers un rock progressif en symbiose avec
ce qui ce fait en Angleterre.
La suite se devine sans peine : en 1972, la chanteuse se fait virer du groupe, et allait devenir ni plus ni moins que
celle qui lancera le rock au Brésil. Et, avec deux autres légende - Raul Seixas
et Erasmo Carlos -, elle sera pour ainsi dire la seule à œuvrer dans ce
domaine pendant dix ans, ouvrant la voie à de nombreux groupes rocks qui
allaient éclore dans les années 80.

Rita Lee et Tutti Frutti, "look" pur Glam rock...
De 1974 à 1978, elle
forme le groupe Tutti Frutti qui allait imposer sa douce folie et son
éternelle irrévérence sur la scène brésilienne. Sa voix sensuelle et pleine de
malice s’adaptera tant aux mélodies aux parfums décadents (Menino Bonito –‘Joli
petit enfant’) qu’aux rocks les plus redoutables (Agora so falta vocé -
‘Maintenant il ne manque plus que toi’).
Avec Tutti Fruti, Rita Lee sortira quatre albums saignants dont le splendide «
Fruto prohibido » (‘Fruit du péché’) en 1975, considéré encore comme l’album
clef du rock brésilien.
Parfois elle travaille
avec Paulo Coelho qui, on ne le sait pas toujours, joua un rôle
important en tant que parolier durant ces années de dictature. Avec lui, Rita signera entre autres le tube « Esse tal de roque enrau ».

En 1976, elle rencontre
celui qui sera son actuel compagnon, le compositeur guitariste Roberto de
Carvalho, avec qui elle négocie un nouveau tournant dans sa carrière, plus
pop, qui la propulsera au rang de super star.
À deux, ils lanceront en trois
ans quatre albums qui feront date : « Mania de vocé » (1979), « Lança Perfume »
(1980), « Saude » (1981), et « Flagra » (1982), qui se doivent de figurer dans
toute bonne discothèque de base consacrée à la MPB.
Le plus significatif, «
Lança Perfume », placera huit de ses neuf titres au sommet des charts du pays.
C’est l’époque de petit bijoux irrésistibles comme ‘Doce Vampiro’, ‘Caso
serio’, ‘Mania de vocé’ , ‘Baila comigo’, ‘Nem luxo, nem lixo ‘, parmi bien
d’autres.

Rita Lee & Robert de Carvalho
Mais à partir de 1983,
l’inspiration du duo commence à s’essouffler et le couple gère difficilement
l’énorme succès. Rita connaît les affres de la drogue, et les cinq albums qui
suivront jusqu’en 1990, ne se montreront guère inspirés.
Assez paradoxalement,
c’est dans les années 80 que la scène rock se développe au Brésil.
Rita Lee et Roberto de
Carvalho se séparent en 1990, et la native de São Paulo, dont elle représente
‘la plus complète incarnation’ (ainsi la qualifiera Caetano Veloso en 1978 dans
sa chanson ‘Sampa’), prend sa guitare pour reconquérir son public. C’est le show
« Bossa’n’roll » (1991), un concept acoustique qui revisite ses meilleurs
titres et adapte des classiques des Beatles de Police ou des Rolling Stones. La
tournée s’avère triomphale et l’album live qui en découle remet sa carrière en
selle.
Musicalement, les années
nonante seront à nouveau plus rock, marquées par de bons albums même si le
public boude un peu, s’attendant des titres plus radiophoniques. 1996 annonce
le retour au bercail de Roberto de Carvalho, et même le mariage du couple.
Cette même année, Rita Lee reçoit le prestigieux ‘Premio Shell’, prix
honorifique annuel attribué à une personnalité ayant marqué de son empreinte
l’histoire de la MPB. Elle est la première femme à obtenir cette récompense,
souvent attribuée d’ailleurs à titre posthume (pour information, Maria
Bethânia l'a reçu en 2008).
Surfant toujours sur ses nombreux
anciens tubes, son premier dvd, « MTV acustico », sort en 1998 et s’avère à
nouveau un gros succès de vente.
Devant un parterre de fans, Rita invite à ses
côtés des stars de la MPB comme Milton Nascimento, mais aussi d’autres acteurs
de la scène pop et rock qui lui doivent beaucoup : Zélia Duncan, Cassia Eller,
le groupe Titãs et Paula Toller. C’est aussi la première fois que le public
découvre Beto Lee, son fils, qui par un jeu de guitare affûté apportera
une touche encore plus rock à l’avenir.

Beto Lee et Rita...show "Balacobaco"
En 2003, les fans seront
enfin payés pour leur patience. L’album « Balacobaco », met tout le monde d’accord
et revient vert un monde plus poppy et coloré. On revient vers les ambiances
festives et carnavalesques. Le titre Amor e sexo sera un hit national et
une des chansons les plus jouées en radio cette année-là.
La tournée qui suivra
sera encensée et donnera lieu à un nouveau dvd « Rita Lee, MTV ao vivo », bien
électrique celui-là.
Entre deux titres sucrés, la prêtresse rousse (devenue
orange !) n’hésite pas à balancer un bon vieux Ramones ébouriffant. Roberto, le
père, Beto, le fils, et Rita, tout les trois, guitare à la main au-devant de la
scène pendant Ovelha negra, restera une belle image forte associée à cette tournée mémorable.
Depuis lors, même si la
réédition de ses albums se fait attendre, d’autre dvd’s lui rendent hommage
comme en 2006, le beau coffret de trois dvd’s, « Biografitti », un survol
approfondi de ses 40 années de carrière. Seul Tom jobim, Elis Regina, ou Chico
Buarque (12 dvd’s !) eurent droit à ce même honneur.
Après trois années dédiées
à sa famille, et principalement à ses petits-enfants (elle-même a deux garçons
et une fille), Rita nous est revenue fin 2007 pour une nouvelle tournée
intitulée « Pic nic », qui traversa tout le Brésil. Pour les quelques dates
qu’elle concède à l’Europe -seulement au Portugal, hélas- ce show, rebaptisé
«
Para dançar até o fim da festa » (‘pour danser jusqu’au bout de la fête’)
devrait nous montrer en plus des hits attendus, les nouveaux titres qui
devraient constituer son prochain album à venir. Et assister à un concert de Rita Lee, c’est aussi avoir
droit à divers commentaires sur la politique mondiale ou du Brésil, comme quand
en 1990, lors d’un concert à L’Ancienne Belgique de Bruxelles, quand la
chanteuse fustigeait le président Collor qui allait être destitué peu après…"
Commentaires
1. le Vendredi 03 février 2012 par SuryaExiste um momento em que o show deve parar. E então o que fazer agora, pedimos “Bis”?commentaires de blog gérés par Disqus
