< Retour
Mardi 10 avril 2012

Frank Sinatra & Antonio Carlos Jobim

La rencontre entre 'The Voice' et 'The Composer'

Catégories: divers


Sinatra & Jobim en studio, 1967


Au départ de ce texte sur Jobim et Sinatra, Il y avait une réflexion sur les duos virtuels – peu intéressants et franchement mercantiles - comme ceux inclus dans l’album “Renato Russo, duetos” sorti au début de l’année 2010.
À la même époque, voyait le jour “Sinatra/ Jobim, The Complete reprise recordings”, compilation qui proposait tous les enregistrements - dont des inédits - d’une des rencontres les plus prestigieuses – bien réelle, celle là – de la musique populaire mondiale.[...]

Revenons un instant sur l’histoire de cette rencontre entre ‘The voice’ et ‘The Composer’, avec ce post écrit sur le site “Art et Musique Populaire Brésilienne”, en avril 2010...


http://www.tropicalia.be/medias/reduced_3/blog/51LJrIc-hpL.-SS500-.jpg


“Et puisqu’on évoquait les duos (en rapport avec Renato Russo), en voici un qui se classe sans aucun doute parmi les plus illustres de la musique populaire du 20e siècle : celui qui allait réunir, en 1967, Frank Sinatra et dAntonio Carlos Jobim.
L’histoire raconte que Jobim reçu un appel de Sinatra en personne, alors que le Brésilien était attablé entre amis au bar Veloso, l’actuel Garota de Ipanema, en plein cœur… d’Ipanema.


L’idée d’enregistrer des chansons d’Antonio Carlos Jobim avait déjà germé dans un coin de la tête du crooner depuis que le carioca avait acquis une forte notoriété aux Etats-Unis, en 1963, avec son album « The Composer of Desafinado plays ».
Sinatra n’était pas vraiment en perte de vitesse en 1966, malgré la Beatlemania qui contaminait le monde. 


http://www.tropicalia.be/medias/reduced_1/blog/1242073447-thumb-11057664706jobim.jpg


Franky venait d’ailleurs de frapper un grand coup avec Strangers in the night (Singleton/ Snyder/ Kaempfert), le succès mondial que l’on sait.
Mais la grande chanson de tradition américaine était sur le déclin, et ‘The voice’ -et beaucoup d’autres crooners - se devait de changer de style au milieu de cette vague pop venue d’Angleterre, et qui gagnait rapidement les Etats-Unis. Le ‘flower power’ était en marche.


La Bossa nova possédait tous les atouts pour construire un nouveau répertoire pour Sinatra : mélodies attractives, harmonie et sensualité, de quoi asseoir sa voix de velours, sans heurter ses fans les plus exigeants.

Même si ses meilleures productions étaient déjà derrière lui, Sinatra possédait une aura extraordinaire au Brésil depuis la fin des années 40. Et Jobim reçu comme un immense honneur, la proposition venue de l’homme qui était le dieu vivant de sa génération.
Le Brésilien allait avoir quarante ans, et l’Américain, cinquante.
Sinatra confia à Jobim qu’il n’avait pas le temps d’apprendre de nouvelles chansons et qu’il détestait les répétitions. Il décida donc de reprendre les thèmes classiques qu’il connaissait au travers « The Composer… », album qui avait été arrangé et orchestré par l’Allemand Claus Ogerman. C’est d’ailleurs à ce dernier que Sinatra fit appel pour le projet, avec le consentement enthousiaste de Tom.



Jobim & Claus Ogerman, enregistrement de Matita Perê, 1973


Il proposa aussi au compositeur de participer au disque en tant que guitariste, plutôt que pianiste. Tom accepta cette condition, même si l’image stéréotypée du latin lover inséparable de sa guitare ne l’enchantait guère. Mais après tout, on ne discutait pas les volontés de Frank. Pour Tom, l’occasion était belle d’asseoir définitivement sa carrière internationale et de se mettre aux abris, financièrement, jusqu’à la fin de ses jours (c’était une sorte d’obsession chez lui !).
De son côté, il demanda la permission d’utiliser les services du batteur Dom Um Romão, une pointure du jazz au Brésil.





Une fois le projet mis sur pied, les deux protagonistes n’entrèrent pas directement en studios.
Antonio Carlos Jobim et Claus Ogerman se rendirent à Los Angeles pour peaufiner les arrangements de Dindi, Corcovado, Meditaçao, Inutil Paisagem, Insensatez, O Amor em paz et bien sûr, celles de la fameuse Garota de Ipanema. Toutes les chansons furent traduites en anglais par Ray Gilbert ou Norman Gimble, au grand désespoir de Tom qui détestera toujours les traductions de ses compositions faites par autrui.
Ce qui l’amènera par la suite à le faire lui-même, comme pour Water of march/ Águas de março.


Trois titres exclusivement américains furent également cuisinés à la sauce bossa pour l’album : Change partners (Irving berlin), I Concentrate on you (Cole Porter) et Baubles, bangles and beads (Wright/ Forrest).



Sinatra et la jeune Mia Farrow


Pendant que Jobim et Ogerman étaient au travail, Sinatra s’était exilé officiellement pour reposer sa voix aux Barbades. En réalité, il partait pour se donner un peu d’air face à la relation déclinante qu’il vivait avec sa très jeune épouse, l’actrice Mia Farrow, de trente ans sa cadette.


Finalement, après quelques semaines d’attente (durant lesquelles Jobim composa quelques thèmes instrumentaux de son album à venir, « Wave »), les deux hommes entrèrent en studios à Los Angeless, le 30 janvier 1967.
L’album sorti quelques semaines plus tard sous le titre « Francis Albert Sinatra & Antonio Carlos Jobim » et connut un succès mondial qui le mènera à être nommé pour un grammy award, l’année suivante.


http://www.tropicalia.be/medias/reduced_1/blog/capasin.jpg


En réalité, avec ce disque historique, Frank Sinatra ne rendait pas seulement hommage à l’œuvre d’Antonio Carlos Jobim, mais aussi à toute la Bossa Nova et ses protagonistes, qui étaient partis à la conquête des Etats-Unis, dès le début des années 60…




 

Commentaires

commentaires de blog gérés par Disqus