Catégories: Croniques de concerts

Toquinho, 06-07, Miranda (RJ)- (photo Daniel A.)
Ce vendredi 6 juillet, Copacabana fêtait ses 120 ans avec un show de haut vol qui tenait lieu sur sa célèbre plage, à hauteur du Copacabana Palace, autre symbole imposant de Rio de Janeiro.
S’y produisaient les piliers fondateurs encore vivants de la Bossa Nova: Carlos Lyra, Roberto Menescal, Wanda Sá, Marcos Valle, et dans un registre samba, Martinho da Vila, Mart’nália, et Maíra Freitas. [...]

Marcos Valle sur scène pour les 120 ans de Copacabana
(photo Renata Soares, O Globo)
Je n’ai hélas pas pu être témoin de l‘évènement annoncé assez
tardivement, ayant déjà en main, pour cette même date, mon entrée pour assisté
au show voix/ guitare de Toquinho au Miranda. Une idée qui pourrait paraître
étrange, l’artiste n’étant plus, au Brésil, sous les feux de l’actualité. Mais
à titre personnel, le pauliste a occupé une place importante dans mon approche de
la musique brésilienne au travers des deux premiers vinyles en langues
portugaises que j’ai eu en ma possession, (et que j’ai usé jusqu’à la
transparence!): «Vinícius & Toquinho en la Fusa». Deux
albums – l’un avec Maria Creuza, l’autre avec Maria Bethânia - enregistrés en
public à Buenos Aires, en 1970, et qui livraient déjà les clés pour entrer dans
l’univers musical de Tom Jobim, Baden Powell, ou Carlos Lyra.

Les deux disques contenaient, en outre, les premières grandes
compositions de Toquinho comme Que Maravilha (c/ Jorge Ben), Como dizia o
poeta, Tarde em Itapoã, Atonga da Mironga do Kabuletê, ou
encore Testamento (tous avec Vinicius).
De la guitare virtuose de Toquinho, - qui eut pour maître Paulinho Nogueira et Baden Powell -, sortiront encore les classiques Samba da volta, Regra Três, Carta ao Tom 74, Samba de Orly, Samba pra Vinícius, Mais um adeus, ou encore Aquarela, son plus grand succès mondial à ce jour.

Vinicius & Toquinho, années 70 (archive internet)
Bref, ne jamais avoir vu, - entre les émissions et les nombreux
dvd’s - celui qui fut le
partenaire de Vinicius de Moraes durant 10 ans, de 1970 à 1980, restait une
lacune à combler.

Toquinho, 06-07, Miranda (RJ)- (photo Daniel A.)
En réalité, la présentation du Miranda, sous son angle musicale, fut
particulièrement décevante, si l'on excepte la partie purement instrumentale.
Seul en scène, le guitariste abusa d’un style
percussif inapproprié a beaucoup de compositions, jouées souvent dans un rythme
effréné, qui fit dire ironiquement à une jeune fan de l’assistance qu’il ne devait pas rater
«le train de 11 heure» («Trem das onze»), en référence
au classique de Adoniran Barbosa,
que Toquinho expédia rapidement en fin de concert.
Sortant inutilement des lignes mélodiques, l’artiste bâcla une bonne partie du répertoire qui rendait hommage à ses maîtres et partenaire, faisant la part belle à ses collaborations avec Vinícius. L’occasion aussi de présenter Romeu e Julieta, une composition du duo qui était resté inédite jusqu’à son inclusion dans le dernier album de Toquinho, «Quem viver verá», sorti en 2011.
Toquinho et Anna Setton, 06-07, Miranda (RJ)- (photo Daniel A.)
En invité sur quelques titres, Anna Setton, jeune chanteuse de São Paulo assez insipide, ne fit pas impression, mais donna un contrepoint suffisant à la voix du guitariste qui n'a jamais brillé par le chant.
En compensation, et paradoxalement, ce furent les parties non musicales,
c’est-à-dire les nombreuses anecdotes, soit informatives, soit souvent drôles
et savoureuses - dont Toquinho fut le témoin privilégié dans l’intimité de
Jobim, Baden, João Gilberto, Chico
Buarque, et, bien sûr, Vinicius de Moraes -, qui sauva la soirée.

Toquinho, 06-07, Miranda (RJ)- (photo Daniel A.)
Avec beaucoup de verve, d’humour et de sympathie, Toquinho démontra qu’il était un excellent compteur, mais on aurait aimé un peu plus d’application concernant le répertoire «cinq étoiles», délivré comme un devoir obligatoire. Le grand artiste qu’il est peut nous proposer mieux que cela…
