Quand l’élève « mouche » le maître : Paul Weller et Pete Townsend

Paul Weller (The Jam) & Pete Townsend (The Who)
Paul Weller, habillé à la mode mod…et Pete Townsend, légendaire guitariste de The Who (photo Janette Bekcman)

Et donc un jour de 1980, à Soho (Londres), le journal musical anglais ‘Melody Maker’ parvint à organiser la rencontre qui  se devait être historique (avec un petit ‘h’) entre l’élève et le maitre : Pete Townsend, le légendaire guitariste du groupe The Who, acceptait de rencontrer celui qui, aux yeux du monde musical, faisait revivre avait succès le mouvement « Mod »*, né au début des années 60’s : le jeune Paul Weller, âgé à peine de 20 ans, mais qui avait déjà montré sa forte personnalité et son talent de compositeur au service de son trio The Jam. Mais point de déférence du jeune homme au programme.
Et la photo finale qui fut tirée par Janette Bekcman à la conclusion de la rencontre, s’avère comme le reflet de ce que fut cette rencontre qui devint une confrontation.
Certes, Paul Weller avait été impressionné par l’album « My Generation » (1965) de The Who, mais il n’y eut jamais de véritable admiration de Weller envers Townsend.
Le jeune compositeur de Woking (petite ville ouvrière près de Londres) était politisé, mais à contre sens de ce que prônait le mouvement punk anglais de 1977, soutenant la monarchie, la reine, les traditions anglaises, nullement coupables des roublardises des politiciens ‘british’ ou du chemin archi-libérale de Margareth Thatcher.
Townsend, déjà d’un « génération » antérieure, se vit confronter aux questions et réflexions d’un Weller électrisé par une révolte de la société anglaise au taux de chomage historique, et par sa réelle appartenance au mouvement « mod ».

Pete Townsend, Keith Moon, Roger Daltrey et John Entwistle:The Who
Pete Townsend, Keith Moon, Roger Daltrey et John Entwistle: The Who

The Who était-il réellement un des guides de ce mouvement esthétique, musicale, menant un style de vie bien défini. La réponse est « non », et ce n’est pas le film « Quadrophonia » (1973), histoire d’un jeune mod, signé par Townsend, Daltrey, Keith Moon, et John Entwistle (avec le jeune Sting en acteur principal, encore inconnu, alors que Police n’existait pas encore), qui leur donnait une crédibilité.
En réalité, Paul Weller, fils de prolétaires comme les autres membres de The Jam, était un fan dévolu des Beatles, de la Nothern soul anglaise et de l’écurie Tamla Motown. Et qui d’autre que The Beatles avait déjà prouvé dès 1962, son admiration pour la soul américaine. Ce n’est pas une question, c’est un fait aux vues des nombreuses reprises du quatuor de Liverpool.

Photo publié par le Melody Maker: Weller et Townsend
Photo publié par le Melody Maker: Weller et Townsend

La conclusion non-attendue de la rencontre de ce garnement de même pas 20 ans (Weller), avec son prétendu père spirituel, se transforma en une discussion durant laquelle la « légende » Townsend dû encaisser tel un boxeur dans les cordes, les questions et les réflexions de Weller, le poids plume, sans réellement trouver de parade. Weller, nullement impressionné attendait des réponses, mais il y a fort à parier qu’il savait déjà qu’il n’en recevrait pas de la part du leader d’un groupe (The Who) qui n’avait plus rien à prouver ni délivrer.

A l’écoute de la conversation, on a l’impression que Paul Weller se demande ce qu’il fait là, discutant avec un rockeur repus, dont la période de rebellion est déjà bien derrière lui. Les commentaires des deux artistes, après cette confrontation reflètent cette photo : Townsend parle d’admiration et de personnalité forte par rapport à Weller. Ce dernier quant à lui, ne cache pas qu’il aurait préféré passé ces deux heures à aller supporter le club de Chelsea, son équipe de football de cœur, que de lancer des « scuds » à une rock star aussi éloigné de lui qu’un membre de Jethro Tull , désintéressé de la situation extrêmement critique que passait l’Angleterre « tatcherienne » de ce début de décennie. Ray Davies, du groupe The Kinks, s’avèrera plus essentiel quant à l’influence qu’il apportera aux textes de Paul Weller.
Mais ce n’est pas pour autant que ce dernier, un homme déterminé mais intelligent, récusa l’importance artistique de Pete Townsend, juste sur quelques points de vue politiques échangés. Aucune anémosité ne naquit entre les deux hommes, et ils se retrouvèrent à différentes reprises sur scène durant les trois décennies qui suivirent, comme sur cette vidéo, interprétant « So sad about us », que Weller et The Jam avait enregistré en 1978.
Cette petite anecdote prouve que Weller,  60 ans cette année, toujours actif et reconnu, décoré par la reine (toujours la même que le Beatles !) comme une des figures britannique au panthéon anglais, toutes disciplines confondues, ne fit jamais de concession, resta fidèle à ses convictions, même si ses deux collègues de The Jam auront mis plusieurs années avant de digérer que le groupe ne se sépare en 1982, à une époque ou le trio alignait les premières places dans les charts anglais d’une manière insolente.

The Jam 1977, Weller à droite, 18 ans à peine
The Jam 1977, Weller à droite, 18 ans à peine

Paul Weller n’est pas sans reproche quant au fait de ne plus avoir voulu parler à Bruce Foxton (basse, vocal) et Rick Butler (batterie), mais encore une fois, le temps fit son œuvre et ils se retrouvèrent pour diverses occasions dans les années 2000, sans pour autant se reformer, même pour l’espace d’un concert.